ÉCONOMIE MONDIALE - 1992 , vers un nouveau modèle de croissance?


ÉCONOMIE MONDIALE - 1992 , vers un nouveau modèle de croissance?
ÉCONOMIE MONDIALE - 1992 , vers un nouveau modèle de croissance?

L’évaluation pour 1992 de la croissance économique dans le monde a donné lieu, au fil des mois, à plusieurs révisions en baisse. Aux déceptions et inquiétudes suscitées par ces ajustements s’est ajouté un certain malaise: il devenait évident que les modèles de croissance sur lesquels se fondaient les prévisions n’étaient plus fiables. La remise en cause portait autant sur l’analyse de la situation que sur les remèdes destinés à la redresser.

Ce constat concernait au premier chef les pays industrialisés, dont le Tiers Monde attendait toujours un regain d’activité pour atténuer ses propres difficultés. La situation de ce dernier présentait toutefois d’importants écarts. La sensible amélioration en Amérique latine contrastait avec la dérive de l’Afrique subsaharienne; le dynamisme des «dragons» du Sud-Est asiatique ne se démentait pas, alors que le sous-continent indien ne progressait guère dans la lutte contre sa pauvreté. Quant aux pays de l’Europe de l’Est, l’aggravation des conditions de vie, en particulier dans les nouvelles républiques indépendantes de l’ex-U.R.S.S., s’est accompagnée d’un sujet d’espoir, celui d’avoir dépassé le creux de la vague.

À l’occasion de son assemblée annuelle, en septembre 1991, le Fonds monétaire international (F.M.I.) avait prévu pour l’économie mondiale une croissance de 1,75 p. 100 en 1992. Le rapport publié en vue de la réunion du Comité intérimaire, en avril, ne faisait plus état que de 1 p. 100. À la veille de Noël, fait exceptionnel, l’institution revenait à nouveau sur son pronostic, évaluant cette fois la croissance mondiale à 0,8 p. 100. Le recul était signalé pour tous les principaux pays – à l’exception notable des États-Unis, qui ont fait l’objet d’une révision en hausse – et groupes de pays. Les experts du F.M.I. percevaient toutefois, en matière d’inflation, une amélioration dans les pays industrialisés et en Europe de l’Est (ex-U.R.S.S. comprise).

Le marasme persistant a aggravé les déceptions entretenues par deux années de faux espoirs: à la fin de 1991, on avait cru discerner les signes tangibles d’une reprise prochaine. Le plus probant d’entre eux était la sensible amélioration de la conjoncture américaine au second semestre. La tendance s’est effectivement affirmée très nettement au premier trimestre de 1992, l’Europe suivant cette fois l’orientation des États-Unis. Il a bientôt fallu déchanter avec, au printemps, un phénomène de décélération générale, particulièrement marquée en Allemagne. Il ne restait plus, au dernier trimestre, que l’encouragement d’une nouvelle remontée en puissance de l’économie américaine dans l’anticipation d’une victoire de Bill Clinton à l’élection présidentielle en novembre. Le programme économique du gouverneur de l’Arkansas apportait en effet, en dépit de ses imprécisions, l’espoir de renouer avec la croissance. Il entendait y pourvoir par un recours massif à l’investissement public. Les prescriptions héritées des années 1980 avaient fait la preuve de leur inefficacité. Le changement de cap qui s’annonçait à Washington avait aussi ses partisans en Europe.

Un cycle économique atypique

La longueur inhabituelle du ralentissement économique a contribué à entretenir une attitude attentiste de la part des consommateurs, ce qui ne pouvait que se répercuter sur les décisions d’investissement. Depuis la dernière guerre, la durée des récessions a été généralement inférieure à un an; celle qui est apparue aux États-Unis au début de la crise du Golfe aura, à la fin du troisième trimestre 1992, duré plus de deux ans. Toujours depuis le Seconde Guerre mondiale, la durée moyenne des périodes d’expansion a été de plus de trois ans, et la dernière fut particulièrement longue – près de neuf ans. Ce déséquilibre en faveur des phases fastes avait fini par accréditer l’idée que les progrès de la politique conjoncturelle étaient parvenus à «lisser» la courbe de croissance à moyen terme et que les cycles économiques appartenaient au passé.

Les circonstances des dernières années contribuaient encore à cette illusion. Les prémices d’une récession étaient apparues en 1989 dans les pays anglo-saxons avec un essoufflement de la consommation. Devenue réalité en 1990, elle devait pendant plus d’un an être épargnée à l’Europe, grâce à l’unification allemande. Celle-ci s’est traduite en 1991 par une croissance supplémentaire de 1,6 p. 100 pour la R.F.A. et de 0,5 p. 100 pour les autres pays de l’Europe occidentale. Ces derniers ont en effet largement profité des transferts massifs de Bonn en faveur des nouveaux Länder (correspondant à 5 points du P.N.B. ouest-allemand) et de la diminution des capacités exportatrices de l’Allemagne sur les marchés tiers.

La situation s’est inversée en 1992, la reprise dont les États-Unis ont alors bénéficié ne pouvant trouver d’écho chez leurs principaux partenaires. L’économie européenne a été freinée par le contrecoup de ce qui l’avait animée l’année précédente. La réaction est intervenue sous la forme des taux d’intérêt élevés de la Bundesbank, qui se sont répercutés sur ceux des autres pays participant au mécanisme de change de la Communauté européenne. La banque centrale allemande, en effet, qui avait dû faire face à de fortes poussées inflationnistes dans les derniers mois de 1991, a maintenu dès lors une politique monétaire particulièrement rigoureuse. Elle n’a réduit le loyer de l’argent, et à petite dose, que lorsqu’il s’est agi, en septembre, de la survie du système monétaire européen (S.M.E.). De son côté, le Japon n’est pas sorti de la crise financière ouverte en 1991 par l’éclatement de la bulle spéculative sur les marchés immobilier et boursier. On semblait ainsi être sorti, en 1992, de la période où les États-Unis donnaient le tempo au cycle économique des pays industrialisés, un synchronisme qui avait été particulièrement net à l’époque des deux chocs pétroliers.

Les pesanteurs du désendettement

Une des principales causes de l’atonie conjoncturelle en 1992 aura été la lenteur de l’expansion du crédit, ce qui a suscité des critiques sur le comportement des banques. Le plus souvent, toutefois, le phénomène était dû au comportement des ménages et des entreprises, qui ont poursuivi leur désendettement face aux incertitudes de la conjoncture. Les uns et les autres assainissaient de la sorte des situations obérées à la suite de la déréglementation des marchés financiers au cours des années 1980. C’est ainsi que, après l’ouverture des marchés des titres de créance, les entreprises ont délaissé les banques (selon le processus de «désintermédiation»), lesquelles se sont efforcées de compenser cette perte d’activité par la promotion des prêts à la consommation, relâchant à cette occasion les normes de crédit.

Le plus important, cependant, n’est pas le montant de l’endettement brut ni celui du service de la dette en fonction du revenu, c’est le rapport entre actif et passif. Le problème se posait donc en fonction du niveau des valeurs boursières et immobilières. Dans le premier domaine, la situation s’est améliorée aux États-Unis. Les cours à Wall Street se sont, en 1992, maintenus peu en dessous des records atteints à la fin de 1991, pour atteindre de nouveaux points hauts dans les derniers mois de l’année.

Le cours des actions a été plus hésitant en Europe, notamment au second semestre. Il est demeuré déprimé au Japon. Compte tenu de la priorité donnée dans la plupart des pays au contrôle de l’inflation, l’effet restrictif de la restructuration des bilans des ménages et des entreprises a coïncidé initialement avec les objectifs de la politique monétaire. Mais, comme la reprise des affaires tardait à se manifester et que la situation de l’emploi continuait de se dégrader, il est apparu que le processus avait déprimé la demande au-delà de ce qui avait été escompté. Les pays qui disposaient d’une politique de change indépendante, notamment les États-Unis, le Japon, l’Australie et le Royaume-Uni à la fin de l’année, se sont efforcés d’atténuer ce phénomène par un assouplissement de leur politique monétaire. L’effet stimulant qui en était attendu sur l’activité de la construction n’a pas eu lieu, en raison des conséquences de la montée du chômage sur la demande de logements et de l’offre pléthorique de locaux industriels et commerciaux.

La politique monétaire est ainsi apparue impuissante à relancer la conjoncture, soit que ses effets eussent été neutralisés par des aspects particuliers de la situation du moment, soit que la tension sur les prix eût interdit l’assouplissement, comme ce fut le cas, directement ou à travers les préoccupations monétaires, en Europe.

Vers un retour à Keynes?

Ces circonstances ont contribué à discréditer le modèle suivi jusqu’alors par les gouvernements, qui consistait à assurer, par la rigueur monétaire, les bases d’une reprise durable: la stabilité des prix devait consolider les actifs financiers des ménages et encourager l’épargne et les investissements en donnant un caractère plus prévisible à l’économie. Ce schéma n’attendait que le signal d’une baisse des taux d’intérêt pour se mettre en mouvement. La durée même de la récession n’avait-elle pas accumulé une importante demande potentielle?

Tel était encore l’espoir des chefs d’État et de gouvernement des sept grandes puissances industrialisées lors de leur sommet annuel, à Munich, le 8 juillet 1992. Il y fut surtout question de l’aide à l’ancienne Union soviétique, et aucune orientation nouvelle ne fut assignée à la politique économique. Même attitude à la réunion ministérielle de l’O.C.D.E., les 18 et 19 mai, à Paris: le cap devait être maintenu. Les gouvernements se préoccupaient alors surtout des négociations de l’Uruguay Round sur la libéralisation des échanges mondiaux. Une heureuse issue des pourparlers était censée générer, selon une étude d’experts de l’O.C.D.E., un gain de 195 milliards de dollars sur dix ans. Les difficultés rencontrées sur le dossier agricole ont empêché la conclusion d’un accord avant la fin de l’année.

Le modèle de la «désinflation compétitive» a été remis en cause dans l’Étude sur l’économie mondiale 1992 publiée en juin par les Nations unies. Constatant la régression des chances de reprise économique, les auteurs ont estimé qu’en comprimant les budgets et les salaires de la fonction publique les gouvernements ont accentué le problème plus qu’ils n’y ont remédié. Selon eux, «le pendule est peut-être allé trop loin dans le sens du marché, ce qui a conduit à négliger le rôle et la responsabilité qui incombent à l’État en matière de développement». Les difficultés économiques incitaient les entreprises à rechercher des gains de productivité pour survivre dans un contexte de concurrence plus âpre, si bien que les efforts du secteur privé aboutissaient surtout à aggraver le chômage. Les regards se portaient donc vers l’État pour un remède à cette situation.

Les premières propositions en faveur d’orientations nouvelles furent formulées aux États-Unis, lors de la campagne présidentielle. Le principal enjeu de l’élection était la politique économique. Le candidat démocrate indiqua bientôt que, s’il l’emportait, il entendait relancer l’activité par une remise en vigueur du crédit d’impôt sur les dépenses d’investissement et au moyen d’un programme d’infrastructures d’un montant de 20 milliards de dollars, concernant notamment l’éducation, les routes et les télécommunications. Bill Clinton misait sur l’utilité sociale de ces travaux, facteur d’autofinancement dans le long terme.

En Europe, le sommet qui vit la signature du traité de Maastricht, en février 1992, avait aussi prévu une série de grands chantiers publics dans les domaines des réseaux de transport et de la communication. Le sommet d’Édimbourg a décidé, en décembre, de mettre à l’étude 1’«initiative européenne de croissance» proposée dans la même ligne par le président de la Commission, Jacques Delors.

Au Japon, le gouvernement a annoncé, à la fin d’août, un plan de relance dont la plus grande partie, chiffrée à 8 600 milliards de yen, consistera aussi en travaux publics. En Grande-Bretagne, Norman Lamont, le chancelier de l’Échiquier, a annoncé, à l’occasion de son traditionnel discours d’automne, une «stratégie pour la croissance», que permettait la sortie de la livre du mécanisme de change du S.M.E. Elle consistait en baisses des taux d’intérêt, en injections nouvelles de crédit en faveur de la construction et de l’exportation, les dépenses supplémentaires étant financées par le déficit budgétaire. Ce dernier aspect figurait également dans la politique suivie par les deux principaux défenseurs du bastion monétaire européen, l’Allemagne et la France. En deux ans, le déficit de cette dernière a doublé, atteignant, en 1992, 2,8 p. 100 du P.I.B.

On revenait ainsi aux prescriptions qui avaient été formulées par l’économiste John Maynard Keynes pour conjurer la grande dépression des années 1930. Elles furent mises en œuvre, de façon sélective, par le président Franklin Roosevelt dans le cadre du New Deal, à partir de 1933. Cette doctrine a inspiré la politique économique des pays industrialisés jusqu’au revirement que devait motiver, au début des années 1980, la dérive inflationniste à laquelle elle avait abouti. Les partisans d’un retour à Keynes semblaient ignorer que ses préceptes avaient été conçus dans un contexte de stabilité monétaire absolue, d’une inflation nulle, voire négative, et d’un très faible endettement public; les dépenses nouvelles pouvaient ainsi irriguer l’économie sans déséquilibrer le budget. Les circonstances ont considérablement changé. Aux États-Unis, le déficit a atteint en 1992 environ 5 p. 100 du P.I.B., et la dette fédérale 2 700 milliards de dollars – près de 50 p. 100 du P.I.B. –, ce à quoi s’ajoutaient 1 000 milliards dus par les agences gouvernementales. La plus grande partie du déficit représente le service de la dette, une situation que ne pourraient qu’aggraver les nouveaux programmes de relance. Bill Clinton a fait face à ce risque en annonçant des suppressions d’emploi dans la fonction publique. Norman Lamont, de son côté, a fait la distinction entre les dépenses d’équipement, que son programme favorisait, et les dépenses de fonctionnement qui devraient être réduites.

Le combat pour l’union monétaire

En dépit de ce distinguo, le gouvernement britannique marquait toute la distance qui le séparait désormais de la rigueur assignée aux pays engagés en direction de l’Union économique et monétaire. Le traité de Maastricht, dont c’était la principale disposition, a été signé le 7 février 1992. La ratification par les douze États membres de la Communauté européenne (C.E.) ne semblait pas devoir poser problème. Il a fallu déchanter avec son rejet, le 2 juin, par 50,7 p. 100 des Danois consultés par référendum. La décision annoncée le lendemain par François Mitterrand d’adopter la même procédure en France a aussitôt créé un climat d’incertitudes. L’enjeu de la consultation a rapidement dévié en effet vers le terrain politique: elle se présentait désormais pour certains comme un plébiscite pour l’action du président de la République, compromettant la cause de l’Europe dans un pays qui jusqu’alors en avait été un des plus fermes soutiens. Le parti que pouvait en prendre la spéculation monétaire a été intensifié par la décision de la Bundesbank de porter le taux d’escompte au niveau record de 8,75 p. 100. Le renforcement du deutsche Mark qui en est résulté ne pouvait que fragiliser les devises les plus faibles du S.M.E. Une probabilité renforcée par les sondages d’opinion indiquant, en juillet et août, que plus de 50 p. 100 des Français étaient en faveur du non.

Les premiers doutes sur la validité de la démarche adoptée à Maastricht avaient été formulés par un rapport de la Banque des règlements internationaux (B.R.I.). Ce document, rendu public le 15 juin, qualifiait de «douteuse» la proposition selon laquelle «une union monétaire considérée essentiellement comme un tremplin vers l’union politique devrait être présentée comme le développement nécessaire du programme de réalisation du marché intérieur».

La tempête sur les marchés des changes s’est déclarée au début de septembre. La première victime est, le 8, le markka finlandais, contraint de décrocher de l’écu auquel il était rattaché de facto. Cela déstabilise l’ensemble des monnaies nordiques et la Banque de Suède doit porter son taux d’intervention de 24 à 75 p. 100. Le 13, la lire est dévaluée de 7 p. 100. C’est le premier réalignement au sein du S.M.E. depuis 1987. Le lendemain, la Bundesbank réduit son taux d’escompte d’un demi-point et son taux lombard d’un quart de point. Ces baisses, ayant été jugées insuffisantes dans les salles de marché, produisent l’effet contraire de ce qui était recherché. La spéculation redouble contre les devises les plus faibles du dispositif communautaire. Le 16 septembre, les interventions des banques centrales ne parviennent pas à redresser la livre, la lire et la peseta, qui sont tombées en dessous de leur cours plancher du S.M.E. Après avoir relevé en vain son taux de 10 à 15 p. 100, la Grande-Bretagne retire sa monnaie du mécanisme de change européen. La Suède est contrainte de porter son taux à 500 p. 100. Le 17, le comité monétaire de Bruxelles retire la lire du système, à titre temporaire. La peseta est dévaluée de 5 p. 100.

C’est alors que l’offensive se tourne contre le franc. On est à trois jours du référendum en France. Le 18, la Banque de France emprunte 56 milliards de francs à la Bundesbank et aux banques pour soutenir la devise, mais en vain. Ses réserves sont sérieusement entamées. La faible majorité du oui au référendum, le 20 septembre, ne calme pas la spéculation. Celle-ci n’est vaincue que le 23, à la suite d’une déclaration conjointe de la Banque de France et de la Bundesbank affirmant que la parité franc-mark sera défendue. Simultanément, la France a relevé ses taux et la «Buba» est intervenue sur le marché. Ces événements seront interprétés comme l’expression de la solidarité franco-allemande en faveur de la construction monétaire européenne: un décrochement du franc aurait emporté tout l’édifice. Se trouvant désormais en première ligne après la chute des devises européennes les plus vulnérables, le franc devra encore subir d’autres assauts, de moindre envergure mais plus pernicieux: leur persistance signalait que la parité de la devise française n’était pas considérée par les marchés comme un fait acquis.

Les suites de Maastricht

La tourmente monétaire a inspiré, au sein du parti conservateur britannique, de vives oppositions à la politique européenne de John Major. Celui-ci n’a échappé à la censure parlementaire qu’en prenant ses distances à l’égard du traité de Maastricht: la ratification par le Royaume-Uni n’interviendra qu’après le nouveau référendum danois, prévu pour mai 1993. L’engagement en faveur de ce texte n’en a pas moins été confirmé par les Douze au Conseil européen, le dernier de la présidence britannique, en décembre à Édimbourg. Les Premiers ministres de Suède, de Finlande et de Norvège, trois pays candidats à la Communauté européenne, se sont engagés, le 29 décembre, à se conformer à toutes les dispositions du traité de Maastricht. Ils ne suivront donc pas l’exemple du Danemark, qui a demandé, et obtenu, de se soustraire à certaines d’entre elles, notamment en matières de monnaie et de défense.

Les ministres des Affaires étrangères de la C.E. et de l’A.E.L.E. (Association européenne de libre-échange) ont signé, le 2 mai, un traité créant l’Espace économique européen (E.E.E.). En vertu de ce texte, l’Autriche, l’Islande, le Liechtenstein, la Suisse et les trois pays nordiques candidats à la C.E. adopteront l’ensemble de la législation des Douze relative aux «quatre libertés», à savoir la libre circulation des personnes, des marchandises, des services et des capitaux. L’E.E.E., avec 380 millions de consommateurs, représentera dès 1993 la plus grande zone commerciale du monde. N’en seront exclues, par rapport au dispositif communautaire, que la politique agricole commune (P.A.C.), les mesures fiscales et l’intégration monétaire. Mais, une fois de plus, une note discordante s’est fait entendre: les Suisses ont rejeté par référendum l’appartenance à l’E.E.E., le 6 décembre, alors que le Parlement de Berne l’avait approuvée le 23 septembre.

L’autre fait majeur pour la C.E. en 1992 a été la réforme de l’Europe verte, le 21 mai. La P.A.C., adoptée dix ans plus tôt, était la seule politique sectorielle de la Communauté. Son maintien en l’état était devenu difficilement supportable en raison de la montée des excédents qu’elle avait engendrés et dont le financement absorbait plus de 60 p. 100 du budget communautaire. Par ailleurs, les subventions aux exportations, corollaire du système de prix de soutien élevés, faisaient obstacle à un accord sur le volet agricole de l’Uruguay Round, provoquant de vives tensions avec les États-Unis. En conséquence de la réforme, le prix d’intervention des céréales sera diminué de 29 p. 100 en trois ans (revenant ainsi à un niveau proche du cours mondial), et les producteurs seront tenus de mettre 15 p. 100 de leurs terres en jachère. De même, le prix d’intervention de la viande bovine sera diminué de 15 p. 100 et un système de primes favorisera l’élevage extensif. La taxe de coresponsabilité, qui grevait lourdement les budgets des agriculteurs, sera supprimée dès la campagne 1992-1993. Le manque à gagner pour les exploitants sera compensé par un soutien direct aux revenus. C’était le système auquel la Grande-Bretagne dut renoncer pour pouvoir être intégrée à la C.E.E., en 1973.

C’est au terme d’une année particulièrement chargée de difficultés et d’événements imprévus que le marché unique s’est ouvert, le ler janvier 1993. Les frontières entre les Douze étaient alors réduites à peu de choses.

Les pays de l’Est au plus profond de la crise

«La chute de la production dans les anciens pays communistes d’Europe est comparable à celle que les pays industrialisés ont connue lors de la grande dépression de 1929.» Ces propos, tenus en septembre 1992 par Wilfried Thalwitz, vice-président de la Banque mondiale, semblent alors corroborés par les chiffres publiés à la fin de l’année par le Fonds monétaire international. L’activité économique de ces pays a en effet subi, en 1992, une régression estimée à 17,2 p. 100, 0,4 point de plus que la projection indiquée trois mois auparavant. En 1991, la baisse avait été de 9,7 p. 100. Une tendance au redressement n’en était pas moins perceptible, puisque les experts du F.M.I. prévoyaient que le recul se limiterait en 1993 à quelque 5,4 p. 100.

Selon l’Institut de Vienne pour les comparaisons économiques internationales (W.I.I.W.), le recul subi par ces pays s’explique en partie par les effets négatifs des programmes anti-inflation qu’ils se sont imposés. «Sous le prétexte de sauver le marché, la stabilisation en compromet l’émergence. Le remède tue le malade», a affirmé Raimund Dietz, un économiste du W.I.I.W., dans un rapport publié au début de septembre. Le chapitre consacré à ces pays dans les Perspectives de l’O.C.D.E. (décembre 1992) était plus nuancé. «Dans les pays où les réformes sont le plus avancées – Hongrie, Pologne et République fédérative tchèque et slovaque (R.F.T.S.) –, il semblerait que la production ait cessé de se contracter et que l’inflation continue de reculer.» Les experts du château de la Muette reconnaissaient par ailleurs que, «en Bulgarie et en Roumanie, la stabilisation macroéconomique s’avère plus difficile» et que, «dans les nouveaux États indépendants de l’ex-U.R.S.S. (N.E.I.), les conditions préalables à la mise en œuvre d’une véritable politique de stabilisation ne sont pas encore réunies.»

À l’exception de la Roumanie, la croissance des exportations – en particulier de matières premières et de produits semi-transformés – a contribué dans les pays d’Europe centrale et orientale à ralentir ou à inverser le mouvement de baisse de la production. Cette baisse est peut-être plus apparente que réelle, car les statistiques officielles sous-estiment la part croissante prise par le secteur privé.

Une étude de la revue américaine East European Investment Magazine signale que les investissements effectués par les Occidentaux dans les pays de l’Est ont porté sur sept cent dix-neuf opérations, totalisant 28 milliards de dollars, au cours des douze mois terminés le 30 septembre 1992. Les capitaux sont venus principalement des États-Unis (8 milliards de dollars), d’Italie (7,6 milliards), de Grande-Bretagne (3,4 milliards), d’Allemagne (2,5 milliards) et de France (1,2 milliard). Ces transactions ont été particulièrement importantes dans la seconde moitié de la période considérée, où elles ont porté sur 21,6 milliards de dollars. Pour sa part, l’institut autrichien de recherche économique W.I.F.O. a évalué à 634 milliards de dollars par an les investissements dont les pays de l’Est devraient bénéficier entre 1995 et 2005 pour qu’ils puissent approcher le niveau de vie de l’Europe occidentale.

Les trois pays de l’Est les plus avancés en direction de l’économie de marché, la Hongrie, la Pologne et la Tchécoslovaquie, ont développé leur coopération, décidant notamment, le 6 mai, que leur demande d’adhésion à la C.E. se ferait de façon conjointe. À la mi-novembre, ils sont convenus d’améliorer leurs normes de distribution d’énergie électrique, laquelle sera désormais séparée du réseau est-européen, pour assurer une interconnexion avec celui de l’Europe occidentale à partir de 1998. Le 21 décembre, les trois pays se sont entendus pour éliminer progressivement les droits de douane applicables à leurs échanges réciproques, entre 1995 et 1997, en vue de mettre leurs économies à niveau avec celles de la C.E. et de l’A.E.L.E.

Une communauté de «proches étrangers»

C’est un tout autre spectacle qu’a offert, un an après sa naissance, la Communauté des États indépendants (C.E.I.), née de l’éclatement de l’Union soviétique. En dépit d’une dizaine de réunions au sommet, la Russie et les autres républiques ne sont pas parvenues à définir clairement leurs relations. Celles-ci confinent à l’anarchie, notamment dans le domaine monétaire. La «zone rouble» dont il était question n’a toujours pas vu le jour. La Russie avait le monopole de l’impression des billets de banque, mais ne pouvait pas contrôler la politique monétaire de ses partenaires, ces derniers exerçant leur indépendance en ce domaine par l’octroi de crédits aux entreprises. Cette situation a exercé une influence inflationniste prononcée et poussé au maintien du contrôle des États sur l’économie, contrairement à l’objectif officiel de progression vers l’économie de marché. La plupart des républiques n’entendaient pas s’en tenir là et projetaient la création d’une monnaie nationale.

La suspicion réciproque a empêché l’établissement d’une union douanière. Les obstacles aux échanges se sont multipliés. Sans engendrer toutefois des perturbations aussi graves que celles qu’avait subies l’Europe centrale et orientale en 1990 et 1991, après la dissolution du C.A.E.M., l’ancien marché commun des pays de l’Est. Selon certains économistes, une chute de 50 p. 100 des échanges entre les membres de la C.E.I. se traduirait par une diminution de leur P.I.B. allant de 28 p. 100 dans le cas de la Russie, à 40 p. 100 pour d’autres républiques. Les velléités d’indépendance se heurtaient donc aux nécessités de la survie économique, laquelle serait compromise, notamment, si la Russie interrompait ses livraisons d’énergie à bon marché. Une situation pour le moins ambiguë, exprimée par deux mots: «proches étrangers». C’est ainsi que les républiques désignent leurs partenaires de la zone.

Le seul accord concret aura porté sur la reprise par Moscou de la totalité de la dette extérieure de l’ex-U.R.S.S. (entre 70 et 80 milliards de dollars), en échange de l’abandon par les autres républiques des actifs qu’elles possédaient dans la C.E.I. Des divergences sur les modalités d’application subsistaient entre la Russie et l’Ukraine au début de 1993.

L’exubérance de l’Asie

La performance économique de l’Asie dans son ensemble est demeurée, en 1992, nettement supérieure à celle du reste du monde. Si l’on excepte le Japon (classé habituellement parmi les pays industrialisés), la croissance des pays de ce continent devait atteindre plus de 7 p. 100 sur l’ensemble de l’année, selon la Banque asiatique de développement, contre 5,8 p. 100 en 1991. Le chiffre reflétait toutefois le boom économique de la Chine; abstraction faite de cette dernière, la croissance de l’Asie n’aura été que de 5,2 p. 100, un progrès nettement inférieur à celui de l’année précédente.

Un rapport de l’O.C.D.E. consacré aux six «dragons» – Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong, Singapour, Thaïlande et Malaisie – constate en 1992 que leur croissance s’est ralentie de 1 point, à 6,5 p. 100, mais attribue ce fait à la mise en œuvre de politiques restrictives destinées à faire face à la pénurie de main-d’œuvre et à l’inflation.

La continuité des progrès accomplis par ce continent donne à penser aux économistes du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (C.E.P.I.I.) que l’Asie développée (Japon, Corée du Sud, Hong Kong, Singapour et Taïwan) sera, à la fin du siècle, la première puissance industrielle, assurant près de 27 p. 100 de la production mondiale (35 p. 100 pour l’ensemble du continent), loin devant l’Europe de l’Ouest (24,6 p. 100) et l’Amérique du Nord (18 p. 100).

L’éclatement de l’Union soviétique a eu, en 1992, plusieurs conséquences en Asie: regroupement et tendances centrifuges parmi les nouvelles républiques d’Asie centrale, recherche par la Russie d’une coopération du côté de sa façade orientale, recentrage de l’A.S.E.A.N. sur des objectifs économiques.

Des républiques de la C.E.I., le Turkménistan, le Kirghizstan, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan et l’Azerbaïdjan, ainsi que l’Afghanistan, ont rejoint le 28 novembre, l’Organisation de coopération économique (O.C.E.) qui unit la Turquie, l’Iran et le Pakistan. Le Kazakhstan y aura un statut d’observateur. Ce regroupement pourrait redonner vie à une organisation en sommeil depuis une vingtaine d’années en raison des rivalités entre Ankara et Téhéran. La Turquie voyait ainsi la possibilité pour sa diplomatie de compenser ses échecs du côté de la Communauté européenne. Son ambition de devenir un trait d’union entre l’Europe et l’Asie s’était déjà concrétisée par la signature, le 25 juin, dans l’ancienne capitale ottomane, de la déclaration d’Istanbul, portant création d’une «zone de coopération économique en mer Noire». Cette zone associait dix pays riverains ou voisins: la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie, la Russie, l’Ukraine, la Moldavie, la Géorgie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Grèce.

L’O.C.E. élargie ne comprenait, en revanche, que des nations musulmanes, caractéristique à propos de laquelle vont s’affronter le fondamentalisme iranien et la laïcité turque. L’Iran, bénéficiant de sa frontière commune avec le Turkménistan et de liens linguistiques avec le Tadjikistan, s’est efforcé de mettre à profit la renaissance du sentiment religieux dans les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale. Pour sa part, la Turquie a des relations ethniques avec le Turkménistan, l’Ouzbékistan, le Kazakhstan et le Kirghizistan; il lui est en revanche difficile de jouer sur la corde nationaliste auprès de pays dont les frontières avaient été habilement découpées par l’U.R.S.S. de façon à créer, dans chacun d’eux, d’importantes minorités permettant de mieux asseoir le pouvoir de Moscou.

Les conditions d’une coopération en Asie du Nord-Est se sont précisées à l’occasion de la seconde conférence qui lui a été consacrée. Elle a réuni du 25 au 27 août, à Vladivostok, des représentants de la Chine, des deux Corées, du Japon et de la Russie. La première souhaite créer une voie d’accès directe au marché japonais à travers la région du fleuve Toumen, à la croisée des frontières chinoise, russe et nord-coréenne. La Russie, pour sa part, cherche à promouvoir ses ports de la région et à faire, notamment, de Vladivostok – ouvert aux étrangers depuis le début de l’année – «la porte de la Russie et de l’Europe sur le Pacifique».

La vocation économique de l’A.S.E.A.N., l’association qui regroupe Brunei, l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande, s’est affirmée en janvier 1992. Cette union avait été formée en 1967 pour faire face à la poussée du communisme dans la région; la fin de la guerre froide appelait d’autres priorités. Les États membres ont décidé de créer entre eux, le ler janvier 1993, l’A.L.E.A., association de libre-échange dans le cadre de laquelle les droits de douane pour le commerce intérieur à la zone ne dépasseront pas 5 p. 100 en 2005. Les ministres de l’Économie sont convenus, le 23 octobre, d’accélérer le désarmement tarifaire pour quinze produits, parmi lesquels les huiles végétales, le ciment, les produits chimiques et pharmaceutiques, les engrais, les textiles et les produits électroniques.

La quatrième réunion ministérielle de la Coopération économique Asie-Pacifique (A.P.E.C.) s’est tenue à Bangkok les 10 et 11 septembre. Elle a confirmé l’ouverture de cette association sur l’extérieur, selon le désir des États-Unis, contre le souhait de la Malaisie qui voulait en faire un groupement économique régional. Outre ces deux pays, l’A.P.E.C. inclut le Japon, la Chine, les États membres de l’A.S.E.A.N., l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada. T 拏ky 拏 voit en elle une assurance contre la tendance au protectionnisme qu’annonce la création de l’A.L.E.N.A., la zone de libre-échange de l’Amérique du Nord. Pour Washington, l’A.P.E.C., qui est née d’une initiative australienne, est plutôt une arme contre une tendance éventuelle à réserver «l’Asie aux Asiatiques».

La progression du P.I.B. du Moyen-Orient a été évaluée à environ 8 p. 100. L’investissement productif s’est maintenu à quelque 25 p. 100 du P.I.B., essentiellement grâce à la restauration des capacités de production du Koweït et de l’Irak et à la réalisation de projets qui avaient été différés par la guerre du Golfe. La balance courante de cette zone s’est soldée par un déficit de 15 milliards de dollars contre 30 milliards en 1991.

L’Afrique affectée par la sécheresse et le surpeuplement

Le continent noir a été victime, en 1992, d’une sécheresse sans précédent; plus de 60 millions de personnes étaient menacées de famine, en particulier dans la partie australe. Les difficultés sont dues également à la croissance démographique, qui, avant même ces événements, a fait baisser la production alimentaire par habitant. C’est ce qu’a souligné la Banque africaine de développement (B.A.D.) à l’occasion de sa réunion annuelle, à la mi-mai, à Dakar. Le taux de croissance démographique de l’Afrique est, à 3,3 p. 100, le plus élevé du monde sur le plan régional, avec pour corollaire une baisse inexorable du niveau de vie. Les Indicateurs sociaux du développement en 1991-1992 , un document de la Banque mondiale, publié en septembre 1992, signale que, parmi les pays en développement, les reculs les plus spectaculaires du niveau de vie ont été enregistrés en Afrique.

La B.A.D. a fait valoir que le ralentissement de l’aide publique, laquelle intervient pour 43 p. 100 dans les investissements bruts du continent, devrait être relayé par l’investissement privé. Cette idée a été retenue pour le programme des Nations unies pour le développement et la croissance en Afrique, renouvelé en 1992 pour une période de cinq ans. Son objectif est de porter la croissance de 2,3 à 6 p. 100 par an. Le secrétaire général de l’O.N.U., Boutros Boutros-Ghali, a expliqué, le 28 décembre, que le redressement passait par une réduction de l’endettement; ce dernier atteignait, pour les pays de l’Afrique subsaharienne, 106 p. 100 du P.I.B., contre 37,4 p. 100 pour ceux de l’Amérique latine.

Difficile intégration en Amérique latine

Les problèmes sont passés de l’endettement aux échanges, constate un rapport du Système économique latino-américain (S.E.L.A.), publié au début de novembre 1992. Les pays de la région ont en effet été pénalisés par la récession qui se prolongeait aux États-Unis, leur principal débouché, et en Europe. Ces difficultés ont affecté la dynamique de l’intégration régionale sur laquelle ils comptaient pour consolider les acquis de leur rétablissement économique.

Dans son bulletin de décembre, la banque Paribas a souligné que les performances les plus spectaculaires ne sont pas nécessairement les plus probantes. En effet, «le renouveau de la région s’exprime par l’explosion de certaines places financières locales dopées par les programmes de privatisation et les mesures encourageant les investissements étrangers, et par le redressement de la dette sur le marché secondaire». Le redémarrage a fait suite aux «médiocres performances» enregistrées entre 1987 et 1990, si bien que la reprise ultérieure a été, en grande partie, un phénomène de rattrapage.

Les flux nets de capitaux sont redevenus positifs, depuis 1991, pour l’Amérique latine, et leur plus grande partie est désormais composée de capitaux privés; ceux-ci offrent de meilleures garanties de rentabilité que les capitaux publics, consacrés le plus souvent à de vastes programmes dont l’utilité n’était pas démontrée.

La difficulté à réaliser l’intégration s’est manifestée à travers le projet le plus ambitieux en la matière. Le Mercosur, né en 1990, visait à créer une union douanière englobant le Brésil, l’Argentine (liés entre eux par un accord de libre-échange), l’Uruguay et le Paraguay: soit un ensemble de quelque deux cents millions d’habitants qui se partageaient un P.N.B d’environ 450 milliards de dollars. La viabilité de ce vaste marché est apparue compromise par un manque de coordination et d’harmonisation des politiques économiques. Des quatre partenaires, seule l’Argentine est parvenue à redresser son économie, mais la surévaluation de sa monnaie l’a rendue vulnérable à la concurrence en provenance du Brésil. Aucune compensation n’a été prévue en faveur des secteurs ou régions pénalisés par la libéralisation commerciale.

Stimulés par l’ouverture prochaine du marché unique en Europe, les cinq pays du Pacte andin – Bolivie, Colombie, Équateur, Pérou et Venezuela – devaient décider le principe d’une union douanière à leur réunion de Quito, en juin.

Celle-ci s’est soldée par un échec. Les conditions d’un accord avaient été minées par la tentative de putsch militaire à Caracas, le 4 février, et par le coup de force constitutionnel du président péruvien, le 5 avril. Ces événements avaient eu raison de la confiance réciproque des partenaires, et le Pacte se réduisait à l’union entre la Colombie et le Venezuela, qui avaient éliminé leurs barrières douanières en janvier.

Le marché commun d’Amérique centrale, où se retrouvent le Guatemala, le Salvador, le Honduras, le Nicaragua, le Costa Rica et Panama, n’a guère progressé lors du sommet de trois jours qui a eu lieu en décembre dans ce dernier pays. La principale préoccupation s’est exprimée au sujet du droit de douane de 20 p. 100 prévu par la Communauté européenne pour les importations de bananes.

La Caricom, la communauté composée de treize pays anglophones des Antilles, est, quant à elle, demeurée divisée sur le niveau d’un tarif extérieur commun. Une réunion au sommet, tenue au début de novembre, a toutefois permis un abaissement du droit maximal de 45 p. 100 à 30 ou 35 p. 100 au cours du premier semestre de 1993.

Ces difficultés ont mis en relief, par contraste, le potentiel de l’accord de libre-échange nord-américain (A.L.E.N.A.), qui a été paraphé par les chefs d’État et de gouvernement des États-Unis, du Canada et du Mexique, le 7 octobre, à San Antonio (Texas). L’Enterprise for the Americas Initiative, projet conçu par le président Bush pour promouvoir la liberté des échanges et des investissements en Amérique latine, a été renforcé par la création, le 11 février, à Washington, d’un fonds multilatéral d’investissements. Destiné à favoriser les activités exportatrices dans la région, ce fonds devrait bénéficier d’un financement international de 1,5 milliard de dollars.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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